02.10.2006
Théorie des réseaux et circulation de l'information
Francis Pisani débute sur son blog une série de posts sur la théorie des réseaux et met en ligne un premier document très intéressant sur l'organisation en réseau créatrice de valeur. Dans son post, il revient notamment sur le concept de "trou structurel", une notion qui semble particulièrement pertinente quand on la transpose dans le champ de la gestion de la réputation, dans la mesure où on considère que la réputation des entreprises se forme au sein même des réseaux constitués par ses différents stakeholders...
Ce concept, développé par le professeur Ron Burt de l'université de Chicago, met en avant le fait que les personnes les plus avantagées ne sont pas forcément celles situées au centre d'un réseau, mais souvent celles qui arrivent à se placer en périphérie de plusieurs réseaux, arrivant ainsi à enjamber ces fameux "trous structurels" pour servir d'intermédiaires. Il apparaît ainsi dans les travaux de Burt relayés par Transnets que "des banquiers et des courtiers qui se trouvaient dans ce genre de positions gagnaient plus d'argent que leurs homologues fortement insérés dans un seul réseau".
Dans un article publié par l'American Journal of Sociology ("Structural Holes and Good Ideas", en cours de lecture ^_^), Burt met ainsi en lumière le fait que les personnes situées sur ces "trous structurels" produisent plus facilement ce qu'il appelle de "bonnes idées" que les personnes pleinement insérées dans un seul réseau.
Or, cette théorie pourrait être transposée à l'étude des changements de réputation des entreprises. En effet, tant qu'une information est relayée par une personne qui ne serait intégrée que dans un seul réseau de stakeholders, il serait relativement aisé à partir du moment où le réseau a été identifié de surveiller l'évolution de cette information, ainsi que l'impact qu'elle pourrait avoir sur la réputation d'une entreprise en fonction des intérêts et des valeurs propres au réseau considéré. En revanche, si une information est relayée par un des membres du réseau placé sur un trou structurel, à cheval sur plusieurs réseaux de stakeholders, elle devient nettement plus dangereuse dans la mesure où elle risque d'être reprise dans un autre réseau, parfois dans une sorte d'effet "boule de neige".
Il semble donc que, si une entreprise décide de mettre en place une démarche de veille ou d'intelligence économique pour surveiller sa réputation, l'identification de ces relais, c'est-à-dire de ces membres de réseaux situés sur des trous structurels, soit une priorité pour anticiper la circulation d'une information parmi ses différents groupes de stakeholders.
Merci à Transnets pour la découverte de ces auteurs, que je ne connaissais pas encore (surtout Ron Burt, qui est un sociologue) !!
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