07.11.2006

L'intelligence économique, l'éléphant et les aveugles...

Vtech en a parlé... François-Bernard Huyghe a mis en ligne sur son site un article intéressant détaillant sa vision de l'intelligence économique. Reprenant le fameux conte indien des aveugles et de l'éléphant, utilisé en son temps par Mintzberg pour son Safari en Pays Stratégie, il présente l'IE comme un ensemble de pratiques hétérogènes offrant un aspect différent à chaque personne venue appréhender ce concept avec son propre référentiel, chacun étant toutefois incapable de se figurer une vision globale de ce qu'est l'intelligence économique.

Une jolie façon de redimensionner l'IE, en évitant de réduire la problématique aux questions de patriotisme économique (sans toutefois l'ignorer), et qui apparaît comme un début de réponse à la polémique qui s'est engagée sur le très bon blog de Frédéric après la parution d'un billet dénonçant la récupération du concept d'IE par une vision pas très fine du patriotisme. Reprenant les arguments de Frédéric, je comprends tout à fait son exaspération face à certaines personnes qui amalgament un peu trop facilement un ensemble de bonnes pratiques (l'IE), une politique publique volontaire (celle initiée par le rapport Carayon et par Alain Juillet) et une nouvelle forme de protectionnisme un peu brouillonne et dénuée de toute stratégie à long-terme, qui consiste essentiellement à fournir des arguments à des entreprises affrontant des OPA plus ou moins hostiles et plus ou moins réelles (l'affaire Danone/Pepsi en est presque une caricature)...

François-Bernard Huyghe revient donc sur l'aspect protéiforme de l'intelligence économique, et propose trois aspects de l'IE qui se recoupent et s'alimentent mutuellement : un rapport à l'incertitude, un rapport avec les autres et un rapport avec une instance régulatrice (le pouvoir politique). La question du rapport à l'autre est particulièrement bien vue, dans la mesure où la question organisationnelle de la gestion interne de l'information est abordée (un point souvent mis de côté dans les travaux portant sur l'IE, où on considère bien souvent l'entreprise comme une boîte noire).

En bref, voilà une proposition originale pour alimenter le débat sur la nature de l'intelligence économique, question qui a été beaucoup débattue ces derniers temps, notamment à cause de l'image toujours brouillée de l'IE auprès du grand public (comme l'expliquait Thibault du Manoir de Juaye en juin dernier sur le blog des Echos). D'un point de vue universitaire, il est en tout cas toujours difficile de dégager une définition consensuelle de l'intelligence économique, mais ce fut le cas de bon nombre de concepts lors de leur introduction dans les champs de recherche des sciences humaines et sociales.

La controverse fait de toute façon partie de la science, l'exemple récent de la redéfinition du concept de "planète" et son impact dans la composition du système solaire chez les astronomes montre bien qu'elle est encore présente même dans les sciences dures, et heureusement !!